Alors que nous découvrions avec ravissement ce paisible village d’Edioungou au décor bucolique, s’étirant le long d’un bolong, nous avons participé à une fin d’après-midi très particulière et très animée. Un évènement qui met en exergue le fort attachement des diolas kassa à leurs traditions ancestrales et à la danse qui occupe une place centrale dans leurs cérémonies.
Edioungou est un village traditionnel diola, peuplé de quelque 500 habitants et situé en Basse Casamance, tout proche de la ville d’Oussouye, dans la région de Ziguinchor. Notre voiture sept places nous arrête sur la route, sous un auvent couvert de feuilles de palmiers où quelques hommes attendent le chaland pour le mener en « Jakarta » (moto-taxi) à son hébergement. La route est sablonneuse, recouverte de latérite, la végétation est belle, typique de la Casamance en générale avec de beaux arbres comme les baobabs, fromagers, flamboyants, manguiers, rôniers, cocotiers, bougainvillées, filaos… Nous découvrons plusieurs arbres centenaires, en poursuivant vers le « bolong » (chenal d'eau salée), bordé de palétuviers, et sur les rives un troupeau de vaches. L’image est belle. Nous nous installons chez William et Hortense, au campement « Les Bolongs », un lieu apaisant. La grande maison est un peu vétuste mais la vue y est magnifique depuis le bar-restaurant qui se trouve à l’étage.

En discutant avec notre hôte, nous apprenons qu’Edioungou est un haut lieu de la poterie traditionnelle, un savoir-faire qui se transmet de mère en fille. Quelques maisons du village possèdent leur petit atelier ouvert aux visiteurs. L’extraction de l’argile dans les bolongs est laborieuse, il faut ensuite dessaler la terre et la mélanger à des coquillages pilés afin d’éviter les bulles d’air à la cuisson qui se fait sur un lit de branches de palétuviers. Nous assistons à une séance de modelage sur une coupelle qui fait office de tour. La pièce réalisée est ensuite enduite du jus de fruit du pommier de Cayor pour la vernir.
C’est en croisant une femme en cours de route, de retour au campement que j’apprends que le lendemain samedi en fin d’après-midi débutera une danse traditionnelle d’entraînement des villageois d’Edioungou. Nous ne manquerons certainement pas cet évènement festif en plein ramadan !
Le lendemain, dans cette quiétude villageoise, nous entendons au loin des détonations, les fusils sont chargés et annoncent le début de cette préparation à la grande fête des initiés. Les femmes s’installent à distance des hommes, pendant que ces derniers se regroupent sous le fromager et discutent en buvant le « bounouk », le fameux vin de palme. Un homme est chargé d’arroser la terre, pourvu que pendant la danse on ne mange pas la poussière. Les femmes sont assises et nous apportent des chaises dès notre arrivée, nous sommes les bienvenues sur cette terre d'accueil. On observe tranquillement lorsque les coups de fusils reprennent pour inviter à la danse. D’abord, les jeunes garçons commencent au rythme des percussions et forment une grande ronde, suivis des plus anciens par ordre d’âge, leurs chants accompagnent la danse. Puis les femmes à leur tour forment une autre ronde à l’extérieur enchaînant des petits pas pondérés, une danse indolente, tout en avançant, tandis que les hommes surjouent une danse frénétique qui fait virevolter leurs jupettes en raphia. Un homme au haut bonnet rouge se distingue dans la foule, nous apprenons que c’est le représentant du roi d’Oussouye, Sa Majesté Man Sibiloumbaye Diédhiou, intronisé le 17 janvier 2000, qui incarne la paix, la cohésion sociale et la préservation des valeurs culturelles héritées des ancêtres. Une autorité morale et traditionnelle qui rayonne en Casamance, et bien au-delà.
Cette danse, à laquelle nous pouvons également participer, est appelée « bajaal », elle est organisée par les populations du village pour présenter leurs futurs initiés. Elle annonce également la prochaine cérémonie d’initiation des jeunes. La fête se divise en différentes cessions de danse, la dernière ronde donnant priorité aux plus anciens qui s’avanceront cette fois les premiers. Les coups de feu reprennent de plus belle, puis les hommes se retirent pour se retrouver dans une maison où la fête se poursuivra toute la nuit. Nous parlons d’une danse d’entrainement qui a lieu tous les samedi à Edioungou pendant 3 mois avant la grande manifestation traditionnelle qui se déroulera du 2 au 7 avril prochain, appelée « Kabomen », la dernière étape de l’entrée prochaine des jeunes au bois sacré.
Plus d’infos pour préparer son voyage à la carte en Casamance :
Edioungou près d’Oussouye offre un cadre privilégié pour un tourisme responsable et culturel : promenades à vélo à travers les villages et la forêt, replantation de la mangrove, parties de pêche et balades en pirogue dans les bolongs pour visiter des iles traditionnelles et animistes comme Eloubaline…
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